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AHA, BHA, PHA : le guide pour débuter l'exfoliation chimique sans brûler sa peau

La différence entre un acide glycolique à 7% et un acide salicylique à 2% n'est pas seulement une question de concentration. C'est une question de solubilité, de profondeur d'action, et de type de peau. Commençons par là.

GlowAtlas · Avril 2026 · 9 min de lecture

AHA vs BHA : la vraie différence, pas la version simplifiée

La distinction la plus importante n'est pas "AHA pour les peaux sèches, BHA pour les peaux grasses" — même si ce raccourci n'est pas faux. Ce qui les différencie fondamentalement, c'est leur structure chimique et ce qu'elle implique pour la pénétration cutanée.

Les AHA (acides alpha-hydroxylés) sont hydrosolubles. Ils travaillent en surface, sur les couches supérieures de l'épiderme, en dissolvant les liens qui maintiennent ensemble les cellules mortes. Résultat : exfoliation superficielle, éclat immédiat, texture affinée. L'acide glycolique, avec sa petite molécule (76 g/mol), pénètre le plus profondément parmi les AHA. L'acide lactique, molécule plus grande, agit moins profondément mais irrite moins — et présente en prime un léger effet hydratant via la stimulation de la production de céramides.

Les BHA (acides bêta-hydroxylés), dont l'acide salicylique est pratiquement le seul représentant en cosmétique, sont liposolubles. Cette propriété change tout : ils traversent le film lipidique qui tapisse les pores et vont déloger le sébum oxydé et les débris cellulaires logés à l'intérieur. C'est la seule famille d'exfoliants chimiques capable de traiter réellement les comédons fermés et les points noirs à la source — pas juste en surface.

Trois AHA à connaître, trois usages distincts

Acide glycolique : l'efficace, déconseillé aux novices sensibles

C'est l'AHA le plus étudié. Sa petite taille moléculaire lui permet une pénétration plus profonde, ce qui le rend particulièrement efficace sur les ridules fines, les taches post-inflammatoires et la texture irrégulière. Des études cliniques montrent des améliorations mesurables de la texture en 4 à 8 semaines à des concentrations de 5 à 10%. Le revers : cette pénétration plus profonde signifie aussi plus de risque d'irritation. Pour un débutant, commencer avec de l'acide glycolique à plus de 5% sans adaptation préalable, c'est aller trop vite. Les concentrations en vente libre vont de 5% à 10% ; au-delà, on entre dans le territoire des peelings professionnels.

Acide lactique : la porte d'entrée idéale pour la plupart des peaux

Même famille, molécule plus grande, action plus douce. L'acide lactique reste en surface plus longtemps, irrite moins, et stimule la production de céramides — ces lipides qui constituent la barrière cutanée. Pour une peau sèche ou légèrement sensible qui découvre l'exfoliation chimique, c'est par là que ça commence. À 5-8%, il donne déjà des résultats visibles sur l'éclat et l'uniformité du teint sans mettre la barrière à rude épreuve.

Acide mandélique : le choix pour les peaux foncées ou réactives

Très grande molécule parmi les AHA, absorption lente, irritation minimale. L'acide mandélique est particulièrement bien toléré par les phototypes IV à VI, pour qui les AHA à action rapide — glycolique surtout — peuvent paradoxalement aggraver la pigmentation post-inflammatoire. Pour les peaux métissées ou foncées qui travaillent sur les taches, c'est l'option la plus sûre.

Acide salicylique : ce que font vraiment 0,5%, 1% et 2%

En France, la réglementation cosmétique plafonne l'acide salicylique à 2% en usage leave-on (produit qui reste sur la peau). À cette concentration, l'efficacité kératolytique est déjà significative. Les produits coréens jouent généralement entre 0,5% et 2%.

À 0,5%, l'action est douce, bien tolérée, adaptée aux peaux combinées légèrement congestionnées. Bon point d'entrée. Le COSRX Salicylic Acid Daily Gentle Cleanser en est un exemple — avec seulement 0,5% d'acide salicylique, il nettoie sans décaper et convient à une utilisation quotidienne.

À 1%, on atteint la concentration sweet spot pour la plupart des peaux acnéiques légères à modérées. Le COSRX BHA Blackhead Power Liquid, référence en K-beauty, se base sur un extrait d'eau d'écorce de saule à 4% — source naturelle d'acide salicylique en concentration plus faible que l'équivalent synthétique, d'où sa tolérance globalement bonne. À utiliser 2 à 3 fois par semaine. Le Some By Mi AHA BHA PHA 30 Days Miracle Toner combine les trois familles à des concentrations modérées, ce qui en fait un bon compromis pour découvrir leur synergie sans surcharger la peau.

À 2%, on atteint la concentration maximale en cosmétique, pour les peaux grasses avec comédons importants. À introduire progressivement, jamais quotidiennement au départ.

PHA : pour ceux que les AHA et BHA classiques irritent

Les PHA — gluconolactone, acide lactobionique — sont la génération suivante des exfoliants chimiques. Leur molécule est trop grosse pour pénétrer profondément dans la peau : ils agissent en surface uniquement, mais avec une tolérance bien supérieure aux AHA classiques. Ils présentent aussi des propriétés humectantes et antioxydantes que les AHA n'ont pas.

Pour une peau atopique, rosacéenne ou qui n'a jamais exfolié, les PHA sont la porte d'entrée logique. Résultats moins spectaculaires à court terme, mais risque d'inflammation quasi nul. Ils préparent la peau à accepter des actifs plus puissants sur le long terme.

Comment intégrer un exfoliant chimique : fréquence, ordre, compatibilités

La règle de base : un seul exfoliant chimique à la fois au départ, 1 à 2 fois par semaine maximum. La peau renouvelle son épiderme en environ 28 jours — accélérer ce processus avec trop d'acides trop souvent compromet la barrière cutanée plus qu'il ne l'améliore.

L'ordre d'application dans la routine suit la logique du pH. Les exfoliants chimiques nécessitent un pH bas pour être efficaces (idéalement entre 3 et 4). Ils s'appliquent donc après le nettoyage et avant les essences, sérums et crèmes. Attendre 15 à 20 minutes avant d'appliquer la suite permet à l'acide de travailler à son pH optimal avant que les produits suivants, souvent à pH plus neutre, neutralisent son action.

La compatibilité à surveiller en priorité : ne jamais combiner AHA/BHA avec du rétinol la même nuit. Les deux ensemble augmentent l'irritation sans doubler les résultats. Le skin cycling, qui alterne nuit d'exfoliation, nuit de rétinol et nuits de récupération, résout exactement ce problème. Notre guide sur le skin cycling détaille la méthode complète.

La vitamine C (L-ascorbique, à pH très bas) se combine techniquement avec les AHA, mais l'irritation cumulée est souvent contre-productive. Mieux vaut les séparer : AHA le soir, vitamine C le matin.

Les meilleurs exfoliants chimiques coréens testés

COSRX AHA/BHA Clarifying Treatment Toner

Formule : 10% eau de fruit de pomme (AHA naturel) + 10% eau d'écorce de saule (source de BHA). Concentrations effectives en acides purs inférieures aux équivalents synthétiques — action douce, adaptée aux débutants.

Pour qui : Débutants en exfoliation chimique. Peaux mixtes ternes avec légère congestion.

Prix indicatif : 12–15 €

Some By Mi AHA BHA PHA 30 Days Miracle Toner

Formule : Trilogie d'acides (glycolique + lactique + salicylique + gluconolactone) à concentrations modérées. Centella asiatica pour tamponner l'irritation.

Pour qui : Peaux acnéiques légères qui cherchent un produit tout-en-un. Bon rapport efficacité/tolérance.

Prix indicatif : 15–18 €

COSRX BHA Blackhead Power Liquid

Formule : 4% extrait d'eau d'écorce de saule (Betula Platyphylla Japonica), pH 4.0. Formule légère sans parfum ni alcool irritant.

Pour qui : Peaux grasses avec points noirs et pores visibles. Le classique de la K-beauty pour le BHA.

Prix indicatif : 18–22 €

SPF : la règle non-négociable dès qu'on exfolie

Les AHA augmentent la photosensibilité de la peau de façon documentée. Une étude publiée dans Photodermatology, Photoimmunology & Photomedicine a montré que l'acide glycolique à 10% augmente la sensibilité aux UV d'environ 18% en une semaine d'utilisation. Le BHA, dans une moindre mesure, a le même effet. SPF 30 minimum, SPF 50 idéalement, tous les matins sans exception quand vous exfoliez — et pas seulement les jours d'application de l'acide. La peau reste plus vulnérable 48 à 72 heures après. Les SPF coréens invisibles restent la référence pour une protection quotidienne sans effet blanc ni texture lourde.

Les erreurs qui font reculer d'un mois

Exfolier une peau déjà irritée ou compromise est la première et la plus courante. Si votre barrière est abîmée — rougeurs persistantes, tiraillements, sensibilité inhabituelle — attendez qu'elle soit restaurée. Un cycle d'hydratation intensive avec acide hyaluronique et céramides d'abord. Notre guide sur l'acide hyaluronique détaille l'approche correcte pour reconstruire cette base.

Deuxième erreur : superposer plusieurs exfoliants chimiques dès le départ. Un seul type d'acide, une à deux fois par semaine, pendant quatre semaines — puis seulement vous évaluez la tolérance et ajustez. Troisième erreur : appliquer l'acide sur peau humide. La pénétration est plus rapide sur peau humide, et donc l'irritation aussi. Peau propre, sèche, 5 minutes d'attente minimum — puis l'acide.

Quel acide pour quel profil de peau

La section types de peau de GlowAtlas détaille les profils en profondeur, mais voici les correspondances essentielles. Peau grasse avec comédons : BHA (acide salicylique) en priorité, 1 à 2 fois par semaine. Peau sèche terne : acide lactique à 5-8%, seul, le soir. Peau mixte avec texture irrégulière et quelques points noirs : un toner mixte AHA/BHA, 2 fois par semaine. Peau sensible ou réactive : PHA uniquement, au moins 3 mois avant d'envisager autre chose. Peau foncée qui travaille sur les taches : acide mandélique ou lactique, jamais glycolique en première intention. Le quiz peau permet d'affiner ce diagnostic rapidement.

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